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André Jean Laude est né à Paris le 3 mars 1936, dans l’ancienne abbaye de Port-Royal (maternité Baudelocque), où sa mère avait déjà accouché de sa sœur Marcelle plus de deux ans avant.

Sa mère Olga Louazon est née à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise, aujourd’hui Seine-Saint-Denis) en 1916, mariée avec Ferdinand Laude en 1935 et décédée à l’hôpital cantonal de Gonesse le 3 mai 1938, des suites d’une « fausse couche ». Son grand-père maternel Albert Louazon est breton, journalier agricole de son état et habite Aulnay. Son père, est né en 1912 au Cateau dans le Nord (décédé en mars 1995). Il descendit très tôt dans la mine, comme son père dans les mines d’Alès, et terminera comme plombier-chauffagiste à Aulnay.

Son père se remariera avec Germaine Gillon en 1939 et ils habiteront, près de l’épicerie tenue par la grand-mère Gillon. Ils auront deux enfants ensemble: Jean-Claude né en 1944 et Martine née en 1949.

André Laude a eu un fils prénommé Vincent (comme Van Gogh) né en 1962 avec Marie-Pierre Aynes, alors étudiante aux Beaux-Arts. Il a aura plus tard en 1967 une fille Sabine avec Béatrice Montastier, (dont le second prénom est Nedjma en souvenir de Kateb Yacine).


« Il y a un temps qui m’obsède: celui qui s‘étend entre ma naissance et la première image claire, enregistrée pour toujours dans ma mémoire: la boutique de ma grand-mère. Celle-ci tenait un magasin d’alimentation, succursale de l’Union Commerciale à Aulnay-sous-Bois » « Oui, revenons à Aulnay-sous-bois…à cette ville-ventre où j’ai grandi. A cette ville-cimetière où j’ai hurlé comme un orphelin, où chaque passage de train déchirait ma poitrine de gosse rêveur, où chaque talus m’apparaissait comme une ouverture sur un jardin de délices »…

mère André LaudeDans  Kamikaze ketchup  il écrira :

« Autrefois j’avais une maman

Autrefois

parce qu ‘elle morte

J’avais trois ans je crois »…

« Depuis vingt ans je t’écris »…

Son père sera licencié de la S.N.C.F., devient irritable et s’oppose de plus en plus violemment à son fils.

Après l’école primaire Paul-Bert, il fait le cours complémentaire, puis rate le concours d’entrée à l’école normale d’instituteur et arrête les études, vers 1953.

Deux rencontres seront essentielles : « Ma vie est indissolublement marquée par ce lien entre la révolution et la poésie ».

Il rencontre Serge Wellens, poète, libraire près du cours complémentaire du Parc à Aulnay (où Eluard écrivait « sur ses cahiers d’écolier » « Liberté »). Serge Wellens, grâce entre autres à Jean Rousselot, qui habite tout près à Pavillons-sous-Bois se lie d’amitié avec les poètes de l’école de Rochefort … fonde en 1953, avec quelques amis, un mouvement farceur baptisé «L’Orphéon » qui, de canular en canular, finit par organiser de vrais récitals de poésie sous les préaux d’école avec de grands poètes contemporains devant un public populaire dans des salles combles à Aulnay et dans les villes proches. Ils éditent les Cahiers de l’ Orphéon  qui publient André Laude en 1956  Pétales du chant .

Auparavant il avait publié dès 18 ans en 1954,  Couleur végétale  grâce à Marc Alyn, jeune prix Max Jacob.

Il rencontre aussi à Aulnay, Michel Donnet, instituteur, qui l’initie à l’anarchisme théorique et pratique, en particulier à la lutte anti-coloniale. Michel Donnet a des responsabilités nationales, écrit dans « Le Libertaire » et sera secrétaire en 1953 de la nouvelle Fédération Communiste Libertaire. Sa mort en 1957 dans un accident de voiture a marqué André Laude. Saïl Mohamed (1894-1953) anarchiste algérien, pionnier de la lutte anti-coloniale et ancien de la colonne Durutti avait créé dès 1929, à Aulnay, un groupe important.


André Laude rencontrera bientôt à Paris les surréalistes André Breton, Benjamin Péret…

Il collabore très tôt, au Libertaire, à Combat, aux revues (1955), Action Poétique (1959)  de Gérald Neveu , La Tour de Feu de Michel Boujut (numéro spécial sur Henry Miller 1960), Esprit (1960), Promesse (1961 hommage à Guy-René Cadou), les Cahiers du Sud (1962).

La guerre d’Algérie a été son premier combat. Dès 1956 il est insoumis et clandestin, il est arrêté et fait prisonnier, puis amnistié.

Devenu « révolutionnaire professionnel », il voyage et écrit, rencontre de nombreux militants et écrivains, (citons seulement Kateb Yacine et Ismaël Aït Djafer) au Maghreb et à Cuba, en particulier.

En 1961 un projet de manifeste poétique, avec André Marissel, Serge Brindeau et Jean Breton, aboutira plus tard, sous la seule signature de Breton et Brindeau à  Poésie pour vivre  paru en 1964.

En 1962, il participe à Alger à l’enthousiasme de la libération et à la création de l’Agence de Presse Nationale.

Il restera en Algérie jusqu’à la chute de Ben Bella en 1965.

Il sera au sommaire de la revue « Souffles » d’Abdellatif Laâbi et de ses amis qui commence à paraître en 1966, avec un dossier sur la négritude.

De retour en France, il reprend les collaborations aux revues, fréquente les situationnistes, le groupe  Noir et Rouge de Cohn-Bendit et  Socialisme et Barbarie .

En mai 1968, il écrit dans Tribune socialiste hebdo du P.S.U. Il y travaille avec la tendance luxemburgiste.

Il multiplie les collaborations durables, en particulier au  Monde  (de 1971 à 1986), aux  Nouvelles Littéraires (de 1976 à 1986).

En 1972 en publiant Occitanie chez P.J. Oswald, il revendique son occitanité et renoue ainsi avec ses origines paternelles.

Il se lie avec les artistes de Cobra (Corneille et Jacques Doucet) et aussi avec Fassianos et Joseph Ghin..

Sa passion pour la photographie l’amène à participer à la création du festival d’Arles et lui fait connaître entre autres Doisneau et Cartier-Bresson…

Il travaille aussi comme producteur pour France Culture (émission avec Arthur Adamov en 1969, nuits magnétiques …).

Lors d’un séjour en Bretagne en 1978 chez Xavier Grall, à l’occasion des obsèques de Georges Perros, il retrouve l’esprit de la quête celtique, qui inspire Un temps à s’ouvrir les veines  en 1979 et son anthologie poétique Comme une blessure rapprochée du Soleil, précédée du manifeste du groupe Hora Zero International signé par François Bott, Dimitri T. Analis, Tahar Ben Jelloun, J.C. Rodriguez, Xavier Grall, Roland Jaccard.

En 1980, dans la collection dirigée par Jean-Pierre Bégot aux éditions Encre, il publie  Liberté Couleur d’Homme  un  « Essai d’autobiographie fantasmée sur la terre et au ciel avec Figures et Masques ».

Il participe à l’aventure de nouvelles revues : Le Fou Parle avec Jacques Vallet et ses amis (Topor..), Hors Jeu  avec Jean-Michel Fossey, plus tard Albatroz avec Manuel Vaz, où il publiera ses derniers recueils…

Depuis longtemps déjà, il a quitté son dernier domicile fixe, il « squatte » et vit difficilement des « piges ». L’alcool et le tabac minent sa santé. Il fait adresser son courrier au « Rendez-vous des Amis » le restaurant-bar de madame David qui lui tient de refuge. Le Marais entre Les Halles, République, Bastille et Belleville est sa dernière demeure…de S.D.F.

Il est mort seul le 24 juin 1995, pour la Saint-Jean d’été, en plein marché de la poésie, dans une chambre au 6 rue de Belleville à Paris.

Serge Wellens a salué la mémoire d’André Laude, en reprenant un mot de Michel Leiris sur Robert Desnos : 

« Il mourût comme proscrit pour avoir été un trop parfait amant de la liberté »

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